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Les recalés de l’invalidité…

vont là où les âmes errent pour l’éternité, le purgatoire des services d’aide !

Les divers articles parus dans la presse sur la chute des rentes AI prêtent à sourire, à défaut de pleurer, puisqu’il n’y a plus de larmes pour éponger les dettes de l’AI jusqu’en 2025, nous écrit-on.
Puisque le sujet est sensible et suscite des réactions émotionnelles et des partis pris, alors réagissons de manière subjective et passionnée.
C’est le propre de la psychiatrie que de s’occuper du non-savoir objectif; même si, à l’heure de sa mort, la pesée de l’âme tente d’évaluer nos bonnes et mauvaises actions.
Les psychiatres s’offusquent qu’ont leur jette la pierre, puisque les rentes pour cause psychique sont responsables du naufrage de l’AI. Soit. Mais c’est vite oubliée que 200 ans en arrière, Pinel soignait les laissés-pour-compte de la société, des incurables disait-on encore, et qu’il y a 100 ans Freud se mettait à écouter le discours hystérique qui troublait la bonne conscience des bien-pensants (autrement dit leur inconscient).
Or, la jurisprudence de la 5ème révision a ratissé large pour décréter que les douleurs chroniques, la fameuse fibromyalgie, ne relèvent pas de l’invalidité, et que toute souffrance dépressive, jusqu’à preuve du contraire, est suspecte. On appelle cela publiquement l’amplification des symptômes, pour ne pas dire carrément de la simulation.
Ainsi on atteint l’objectif de diminution des nouvelles rentes, mais à quel prix. La fréquentation quotidienne de la misère morale de mes semblables me permet de témoigner que «les recalés de l’invalidité» vont là où les âmes errent pour l’éternité, au purgatoire des services d’aide, qu’ils soient sociaux, caricatifs ou associatifs – on oublie encore trop souvent ces derniers.
Tant à parler de l’efficacité des mesures de réinsertion, la nouvelle politique proactive de l’invalidité, j’affirme que, jusqu’à présent, soit depuis le «tour de vis», je n’ai vu aucun résultat concret pour mes soignés.
Ben voyons, soit on me laisse entendre qu’il faut mieux motiver mes déprimés, ou encore, comme ils ont mal partout, alors ça ne relève pas de l’invalidité. Puisqu’il faut boire le calice jusqu’à la lie, je vis chaque refus d’entrée en matière d’invalidité comme une leçon d’humilité, j’apprends comment mieux soigner les souffrants selon les derniers critères objectifs en vigueur dont l’efficacité est prouvée.
Alors quoi pour l’avenir face à la détresse, lorsque l’on frappe à la porte du psychiatre, l’antichambre de la folie, rappelons-le? Soit la psychiatrie se replie défensivement pour ne soigner que «ses fous», comme il y a deux siècles; ainsi ne «mérite» l’invalidité que la psychose, soit au maximum 2% de la population. Soit elle continue, en dépit de l’opprobre, à élargir le champ de sa pratique à la santé mentale afin que chacun, quel que soit son handicap, puisse trouver une place et un sens dans cette existence.

Dr Duc Lê Quang
Psychiatre
La Chaux-de-fonds

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